Récit Grand raid du Morbihan - Ultramarin 2010
30 juin 2010 // Tag : Trail / Running
Ultramarin 2010 – Grand Raid du Golfe du Morbihan
Du 25 au 27 juin de Vannes à Vannes via Séné, Theix, Noyalo, Sarzeau, Arzon, Locmariaquer, Auray, Baden, Larmor-Baden, Arradon : 180 km : D+ : environ 1000 m
C’est la quatrième fois que je m’embarque dans l’aventure du grand raid : une première fois rapidement avortée pour manque de préparation, une deuxième expérience couronnée de succès, une troisième tentative inachevée (130 km) pour cause de maladie dès le départ.
Cette année, c’est donc avec un parfum de revanche que je reviens, mieux préparé, un bon moral au départ, et un physique affuté pour l’épreuve à affronter.
J’arrive vers 17 h sur le village de départ. Avant même d’aller prendre mon dossard je rencontre déjà quelques connaissances, forcément la conversation dérive rapidement vers la hantise principale de chacun, l’ennemi que l’on va devoir combattre : la chaleur. J’ai quitté Lorient, il faisait 25°C. J’arrive à Vannes avec 30°C. Mais ce n’est pas la préoccupation du moment, il faut aller chercher le dossard la puce, et déposer le sac pour la mi-course. L’organisation est bien rodée, pas de queue, même à 1 h du départ, vérification de l’identité, du sac et j’obtiens sans souci le sésame pour m’aligner sur la ligne. Je passe chercher la boîte de gâteaux « la Trinitaine » souvenir spécialement décorée pour le raid, et retourne à la voiture pour me tartiner une dernière fois les pieds de pommade. Cette fois, ça y est je ne peux plus reculer.
Sur le départ, je discute avec Jacques Salaün venu en spectateur, et d’autres coureurs qui souvent retentent eux aussi l’aventure.

Première partie en demi-teinte
Mais, trêve de discussion, une bonne course démarre à l’heure et c’est avec ponctualité que le départ est donné à 19 h. 537 coureurs s’élancent pour la plupart plus de 24 h d’efforts ponctuées de moments de doute, de douleurs, de souffrance, mais avec l’objectif de franchir la ligne de nouveau dans l’autre sens !
Partir doucement, surveiller l’intensité cardiaque, bien s’hydrater et s’alimenter sont les mots d’ordre pour le moment. Je pars sur l’idée d’alterner 25 minutes de course et 5 minutes de marche durant lesquels je vérifie la quantité de liquide absorbée (base de 0,5 l à l’heure) et où je m’alimente. Ce rythme, je dois me l’imposer dès le départ et essayer de m’y tenir le plus longtemps possible, cela peux m’éviter l’hypoglycémie et la déshydratation. Maintenant que le circuit a changé, départ de Vannes, la première partie consiste à faire le tour de la presqu’île de Séné puis de remonter au Nord pour traverser à Saint Léonard et redescendre vers Noyalo par la route ; ce n’est pas ma partie préférée et c’est bien qu’elle arrive en premier, mieux vaut manger son pain noir dès le début.
Les paysages de Séné sont beaux, la piste est roulante et plate quelques parties plus difficiles avant le premier ravitaillement (école de voile de Séné) mais ces 17 km passent tranquillement. J’ai une inquiétude au niveau du cardiaque, je suis à 160 pulsations/minute est c’est beaucoup trop, la chaleur, le stress du départ et la moyenne à plus 8 km/h en sont sans doute la cause, il faut que je me ménage, mais c’est vrai que pour l’instant les sensations sont bonnes …
Au premier ravitaillement, petite désillusion, les premiers ont tout raflé, il n’y a plus de chocolat, ni pâte de fruits, ni barre de céréales et les pauvres bénévoles sont embêtés…
Heureusement il reste de l’eau et des fruits (bananes, oranges) et pour le moment cela me suffira, mais j’espère que les prochains ravitos seront plus fournis ! J’entame maintenant cette partie un peu plate niveau paysage jusque Noyalo. 14 km de chemins sans vrais charmes qui se terminent par 2 km où l’on longe la départementale de la presqu’île de Rhuys, mais bon il faut bien y passer et je continue d’avancer à mon rythme, 25/5 en discutant avec quelques coureurs, cela parle stratégie pour arriver au bout, alimentation, on peut toujours trouver des idées en écoutant les autres ou en donner.
A mon niveau, je considère ne pas avoir de concurrents mais des coéquipiers d’un moment, des galériens du raid, où l’entraide, les petits mots d’encouragement sont toujours les bienvenus. La solidarité est la force de ce sport de solitaires. Les sentiers sont aussi garnis de suiveurs qui nous encouragent, cela fait du bien au moral, mais eux ils servent de repas aux moustiques qui abondent dans ces marais. Ils nous demandent si on n’est pas gêné par ces suceurs de sang mais pas du tout : il suffit de courir plus vite qu’ils ne volent !
Noyalo est en vue, et déjà sur ce deuxième ravito, j’en vois qui jettent l’éponge. La chaleur n’a pas encore diminuée en cette nuit tombante, certains sont partis trop vite, ils ne peuvent rien avaler ou déjà les articulations ou les muscles ont lâché. Le 2ème ravito est plus fourni, j’y trouve tout ce qu’il me faut, je repars avec le Camel plein (ce que je croyais), je sors la frontale, et c’est partie pour cette première nuit. L’étape est longue jusque Sarzeau (près de 20 km) et à ma vitesse c’est près de 3 h qu’il faut compter. Et c’est ce que je mettrai.
Mon rythme cardiaque est toujours trop haut à mon goût, il fait trop chaud, J’ai trop dosé ma boisson énergétique (je n’ai pas mis assez d’eau) : c’est écœurant et je risque d’être à sec avant le ravito. Ca c’est les points négatifs ; pour le positif : la nuit est claire (pleine lune), les chemins sont roulants, les paysages en ombres chinoises sont magnifiques dans les marais salants que l’on traverse, le balisage est impeccable, le physique tient le coup. Tout ceci est suffisant pour arriver à Sarzeau, juste à temps, car comme prévu je suis à sec d’eau : le premier quart du parcours est passé ; mais c’était juste l’entrée une broutille par rapport à ce qui va suivre…

De l’ombre à la lumière !
Je profite de cet hébergement en dur pour me refaire une santé : tartinage des pieds à la Nok, je change de chaussettes, massage au baume de Saint-Bernard, ravitaillement salé (soupe, saucisson, pain : trop marre du sucré !) ; Jusque là tout va bien… jusqu’à ce que j’essaye de boire une gorgée d’eau pétillante (qui d’habitude ne me pose aucun souci) : là violente réaction de l’estomac qui menace de tout recracher ! Je me retiens (cela ne ferait pas classe au beau milieu du gymnase), je m’allonge et je fais passer ce petit malaise rapidement. Mais je regarde d’un sale œil cette eau salée maintenant ! Il ne faut pas s’arrêter là-dessus et je repars sans trop m’inquiéter, j’ai sorti les bâtons pour terminer la nuit, si j’avance bien, j’arrive à Porh Neze le prochain ravito dans 21 km pour le petit jour.
Une traversée de Sarzeau endormie, seulement quelques suiveurs et bénévoles pour nous encourager, un petit chemin en descente un peu abrupte et l’on retrouve le sentier côtier. On va faire le tour de plusieurs pointes, d’ailleurs de nombreux pointages sont présents pour s’assurer que personne ne coupe le parcours ! L’étape est longue, mais je m’accroche à mon 25/5, les 25 sont de plus en plus souvent entrecoupés d’une minute de marche de temps à autre quand le sentier devient moins roulant (racines ou escalier) il faut éviter la chute et les blessures ! La moyenne est en chute mais elle est très bonne encore, et ça y est enfin le rythme cardiaque est redescendu en dessous de 140 et se stabilise…
Un petit coup de mou en cette fin de nuit, plusieurs coureurs se sont allongés dans leur couverture de survie le long des chemins ou sur les bancs, mais même si la fatigue est là je continue, et j’arrive à l’aube à Porh-Neze. Les regards des coureurs en disent long sur l’état de fatigue, pas besoin d’échanger de paroles … Je privilégie de nouveau le salé, refais le plein et repars, l’aube m’apporte un regain de forces et il va en falloir car les 9 pointes d’Arzon m’attendent : 9 pointes dont faut faire le tour avec des sentiers jonchés de pierres, de racines, de petites montagnes russes et d’escaliers. Autant dire que mon 25/5 tombe à l’eau j’avance comme je peux, heureusement que le panorama avec le soleil levant est magnifique, on s’en met plein la vue, mais on en a plein les bottes ! L’embarcadère pour la traversée en Zodiaque est en vue à moins de 500 m, mais il nous faut encore rejoindre le sud d’Arzon pour contourner les 2 dernières pointes ! Et c’est donc 3 km plus loin que j’atteins la mi-course ! : 14h00 de course
Un petit ravitaillement permet de reprendre des forces avant l’embarquement, mais je préfère ne pas m’y attarder et traverser rapidement. Tout est prévu pour ne pas avoir froid, un poncho nous est prêté et la traversée en zodiaque est très rapide. A peine 5 minutes d’attente et dix minutes de traversée, cette pause marine fait du bien, la mer est d’huile et les jambes sont au repos !
Descente aux enfers
Arrivé à Locmariaquer, il faut trouver son chemin dans le labyrinthe entre les petites maisons typiques du village de pêcheurs, mais le balisage est excellent et les habitants matinaux nous applaudissent au passage. 2 km, c’est le ravito-hébergement où j’ai décidé de me refaire une bonne santé, la course ne fait « que » commencer et il faut repartir en très bonne disposition. D’abord, une douche, elles sont chaudes, et cela décrasse ! Inspection des pieds pas de souci de ce coté, tartinage à la Nok, de nouveau massage au baume Saint-Bernard. Je me change de la tête au pied et je repars frais comme un gardon. Ravitaillement : soupe, pain saucisson. Après une pause de près d’une heure je démarre la deuxième partie, qui se transformer en enfer. L’enfer de la chaleur qui nous accable déjà en ce début de matinée. Et il n’y a pas beaucoup d’ombre sur ces chemins que nous allons emprunter. Pourtant l’entame se déroule bien. Le sourire d’une charmante photographe, le physique qui répond bien après cette pause revigorante, mais, la chaleur va très vite faire tourner les choses. Cela commence par les intestins qui se mettent en vrac, à partir de Crac’h. Dans cette ville, il y a un pointage et juste avant un robinet salutaire dans un stade qui me permet de me rafraichir la tête.
Autant vous dire que maintenant avec la chaleur la seule stratégie mise en place est de courir (comme je peux) à l’ombre et de marcher au soleil, donc très peu de course à partir de maintenant. La moyenne a chuté considérablement, sous cette chaleur, ce serait suicidaire de vouloir aller plus vite. Cette partie de parcours n’est en plus pas très belle au niveau du paysage, on est dans la campagne et dans les landes, loin des sentiers côtiers, et le chemin qui mène vers Auray longe des portions de routes droites où l’on pas l’impression d’avancer. Je préfère marcher et continuer d’avancer, que d’abandonner à cause d’un coup de chaleur pour avoir voulu aller trop vite.
Enfin, j’arrive à Auray vers 14h où des amis m’attendent et c’est salutaire car leur présence me remonte le moral. Le ravitaillement devient automatique, mais la fatigue est présente, j’y passe de plus en plus de temps, je dois même m’allonger un peu et me reposer une poignée de minutes avant de repartir…
Mes amis m’accompagnent, en marchant, le temps j’espère de me refaire une santé. Discuter avec eux me fait du bien, je pense moins au moral qui baisse et au physique qui est en berne. Cette nouvelle portion de chemin qui renoue avec les sentiers côtiers, relativement roulant, nous amène jusqu’au magnifique petit port du Bono. Après avoir passé le pont pour piétons (où des mariés se font photographier) je pointe mon passage et mes amis me laissent continuer mon « calvaire ». Il me reste 6 km avant d’atteindre le prochain ravito, les boyaux toujours sans-dessus-dessous. Cette partie je l’ai toujours faite de nuit, de jour c’est différent, je ne retrouve pas mes repères. Nous passons près d’un tumulus dans un bois, puis nous faisons le tour d’une interminable anse (c’est démoralisant de voir les autres de l’autre coté), et j’atteins enfin le ravitaillement du Dreven en fin d’après-midi, au bout de la pointe après quelques kilomètres de bitumes et de sentiers.

Le moral est bas, malgré les messages d’encouragements que je reçois depuis ce matin des amis et de la famille, je suis entrain de toucher le fond, la chaleur est trop forte, accablante, étouffante, j’ai la tête qui tourne un peu, on a dépassé les 32 °C à l’ombre cet après-midi ! Malgré les habitants qui laissent à notre dispositions des bassines d’eau ou qui nous tendent un tuyau d’arrosage, on cuit petit à petit au soleil. Les pieds ont aussi souffert, à en croire la douleur aux talons, j’ai de belles ampoules ! Il me reste 8 km pour atteindre l’hébergement de Larmor-Baden, là je pourrais me refaire une santé, peut-être, faut-il encore l’atteindre. Après m’être restauré, tant bien que mal, et eu mon épouse au téléphone (qui trouve ma voix changé et très fatiguée depuis ce matin). Je passe en mode « dopage musical ». Je sors le MP3 et pousse la musique à fond, pour ne plus écouter mon corps mais me raccrocher à autre chose qui peut encore me faire tenir jusque là-bas.
Un coureur essaye de me parler, je lui raconte ma galère, et me renferme dans ma bulle, il restera quand même à coté de moi sur quelques kilomètres le temps de retrouver mes esprits. La voix de la raison aurait due me faire abandonner, mais faut-il vraiment écouter cette voix là sur une épreuve aussi déraisonnable que de parcourir 180 km !
Qu’il est difficile de prendre des repères en regardant le paysage dans ce golfe où l’on ne sait pas où commencent où se terminent les îles et les pointes. Tout s’entremêle, c’est ce qui fait la beauté du paysage, mais en tant que coureur, c’est parfois démoralisant de ne pas savoir où l’on va !
On arrive quand même l’anse de Locmiquel, la colonie de vacances du Paludo est à l’autre bout, et c’est là que j’espère pouvoir recharger vraiment les batteries et en terminer avec les problèmes digestifs et soigner mes pieds. J’y suis enfin et avant les semi-raideurs. En effet ceux-ci sont partis à 17h c’est-à-dire il y a 3 h 30 et les premiers ne devraient pas tarder ! Je profite du calme avant cette tempête pour voir le médecin qui me donne du smecta, et me dirige ensuite vers les podologues. J’ai de la chance, ils ne sont pas débordés et peuvent tout de suite me prendre. J’ai même le droit à deux charmantes stagiaires, une pour chaque pied ! Seulement c’est à partir de là que tout va basculer. Pas que le soin soit mauvais. Mais allongé sur le lit de camp, je commence à trembler de froid (il ne fait que 28 °C en ce début de soirée …), malgré une couverture cela ne s’améliore pas. Une fois les ampoules soignées (il y en avait une belle au talon !), je repars tremblant au ravitaillement, et là j’arrive à peine à m’alimenter, je suis pris de nausées à chaque bouchée. Je suis victime d’un coup de chaleur. La tête me tourne. Il me faut au plus vite m’allonger et faire le point ; je me dirige vers la tente de repos, mes talons me font plus souffrir après les soins qu’avant, je trouve un lit et m’allonge sous la couverture.
Tremblant je m’auto-diagnostique, si je fais le point de ce qui ne va pas par rapport au reste la balance est déséquilibrée, j’ai atteint le fond du trou, et pour me faire repartir il faudrait un miracle. Mais l’étincelle qui va faire redémarrer la machine arrive par le biais du portable, ma femme a décidé de me rejoindre avec mes gamins et est sur la route Pour eux je ne peux plus abandonner, je prends donc mon courage à bras le corps, m’allonger m’a fait du bien, la tête va mieux, j’ai arrêté de trembler. Le corps a des ressources insoupçonnées. Les semi-raideurs sont nombreux maintenant dans la place et malheureusement beaucoup de raideurs au bout du rouleau lâchent leurs dossards, il faut vraiment que je sorte d’ici au plus vite…
Je suis sorti et je m’essaye à trottiner, miracle ! Ca marche, les 17 km avant le prochain ravito seront moins longs, si j’arrive à augmenter la moyenne ! Je me fais quand même dépasser car les semi-raideurs sont quand même beaucoup plus frais que nous ! Il reste un gros marathon avant Vannes.
Bring me to life !
Je suis parti trop vite de Larmor, sans préparer mon matériel pour la nuit et c’est au bout de quelques dizaines de minutes que je m’arrête pour sortir ma lampe frontale, et mes manchettes et ranger définitivement la casquette et les lunettes de soleil. Le soleil est déjà couché mais la luminosité est encore suffisante pour admirer les paysages de Larmor et de ses îles. Les sentiers côtiers sont toujours aussi cassants avec leurs escaliers mais le moral est bon. On rentre maintenant dans le Marais de Pen an Toul, appel de ma mère qui m’encourage une dernière fois pour la nuit, puis une longue portion de goudron nous ramène à la mer. Après quelques difficultés pour se retrouver, je croise mon épouse et mon fils près de la base nautique de Toulindac. Rapide entrevue, je ne veux pas couper mon élan tant qu’il est là. J’ai retrouvé mon rythme 25/5 ou presque suivant l’état du sentier.
De retour sur les sentiers côtier, le chemin devient plus délicat à l’approche du Moulin de Pomper (montées et descentes, racines, cailloux) et donc du ravitaillement du Moustoir. C’est la fiesta dans certaines maisons, on entend la musique à des kilomètres, on perçoit aussi les encouragements bruyants des spectateurs, encore debout en cette heure avancée de la nuit. La fatigue ce fait de nouveau sentir, mais maintenant, arrivé au ravitaillement, 27 km me sépare de l’arrivée.
Des semi-raideurs me voyant arriver à bout de fatigue, me laisse une place sur le banc. Il ne reste pas beaucoup de dossards jaunes (grand raid) en course, où alors très espacés, les dossards bleus (semi-raid) pour la plupart admirent le courage que l’on a eu d’avoir réussit à passer la journée sous la chaleur et d’être encore en course. Cela force le respect et ils font preuve de solidarité envers nous. Après de nouveau avoir repris des force avec du salé. Et fais le plein du camelbag, je retrottine. Même si ma vitesse de trottinage est la vitesse de marche de certains, cela me permet maintenir le rythme.
J’avance, c’est tout ce qui compte. Les boyaux ne me font plus souffrir, les pieds sont douloureux aux niveaux des ampoules des talons, mais cela se gère, les jambes sont fatiguées, mais de douleurs aux articulations, j’arrive à m’alimenter sans nausées, le moral est bon. Seul souci, je n’assimile plus l’eau. Alors que je ne suis arrêté que 3 ou 4 fois en 150 km pour la vidange, cela fait 10 km que je m’arrête toute les demies-heures. Tout ce que je bois est évacué rapidement. J’ai déjà connu cela, je manque de sel, mais sans autres soucis par-dessus je tiendrai normalement jusque l’arrivée. Je continu mon programme d’hydratation comme prévu.
La pointe d’Arradon est en vue, il y a un pointage quelque-part et il faut en faire le tour pour le trouver. Ma femme m’attend au début m’indique le sens du tour à effectuer un kilomètre de ligne droite goudronneuse interminable, puis un petit chemin pavé au bord de l’eau pour revenir après pointage, la fatigue est trop présente, je trébuche tout seul, c’est le signe qui m’indique de faire une pause. De retour, près de mon épouse je vais m’allonger dan l’herbe derrière la voiture, je lui demande de me réveiller au bout d’1/4 d’heure, je lui en réclamerai ¼ h de plus. La tête dans les étoiles, j’essaye de motiver mes jambes à repartir, il reste un semi-marathon. Le réveil musculaire est un peu douloureux, mais je retrouve mon 25/5.
On longe les plages d’Arradon, puis longue portion de bitume éclairée et suivi par les phares de la voiture, on retrouve le chemin côtier et c’est le dernier ravito : Moréac. Avant sur le chemin côtier nous avons aperçu l’île de Conleau, si proche de nos yeux, mais loin de nos jambes, encore 10 km pour y être et toucher la délivrance. Mais à Moréac, les coureurs sont comme des zombies, les yeux hagards, ne sachant plus trop quoi faire, l’esprit au ralenti. Il suffit que l’un d’entre eux se couche pour que, d’un coup, tous les autres l’imitent. On retrouve des chrysalides sous leurs couvertures de survie. Mais après cet état léthargique, le papillon est près à s’envoler ! Moréac est un ravito spartiate, pas de lumière, pas de chaud, pas de salé. Ce sera donc un arrêt assez rapide. Plus que 14 km et un début plus ardu. Le sentier est étroit, avec des racines, et bientôt cela monte ! Deux semi discutent en marchant vite derrière moi, et moi je trottine, un peu poussé au cul, mais s’est motivant.
La remontée vers Vannes, se fait dans la fatigue, le jour se lève, j’éteins la
frontale. Ca y est nous rentrons dans Vannes et bientôt c’est les rives du Vincin. Encouragement de ma femme au moulin de Campen, et je passe en mode booster avec la musique comme carburant. Maintenant, plus aucunes difficultés, les chemins sont larges, plats et sans obstacle, il reste 9 km : 4 km avant Conleau, le tour de l’île et 4 km avant l’arche ! Je trottine au rythme des guitares et des percussions, mais je marche quand mais jambes sont trop fatiguées ; j’arrive à Conleau, ma femme dort dans la voiture, je la réveillerai au besoin au retour.
Dernier pointage, fin de la boucle îlienne. Petit coucou aux coureurs qui viennent de quitter Moréac de l’autre coté de la rivière… Ma femme me cherche du regard, dans la mauvaise direction (elle ne se doute pas que je suis déjà passé). Maintenant, j’allume la fusée à trois étages, une sélection de musique va me portée jusque l’arrivée plus douce au début pour me ressourcer, je passe la pointe des émigrés et arrive au chantier naval.

Dans cette ultime ligne droite, la musique va s’accélérée, Bon Jovi, Indochine, Superbus, et d’autres morceaux « remix » ou « dance », la foulée se délie, j’accélère un peu, l’arrivée est en vue, ma femme et mon fils, qui est enfin réveillé m’y attendent. Il faut traverser une passerelle sans courir, je replie les bâtons et envoie la BOF de Daredevil « Bring me to life » d’Evanescence, toutes les douleurs accumulées depuis 36 h s’évacuent je déroule les foulées et cours comme si la course ne faisait que commencer, porté par le plaisir d’être là, d’avoir enfin fini par triompher de cette épreuve, après avoir touché le fond et avoir failli abandonner ; la victoire donne des ailes !
J’appelle mon fils pour franchir la ligne avec lui, pluie de Flash et ça y est c’est fini ! 36h17 minutes !
Ce n’est pas le temps dont j’avais rêvé mais peu importe, il fallait terminer. Avec plus de 50 % d’abandon cette année, l’édition a été difficile, nouveau parcours et surtout chaleur. Tous ceux qui ont franchi et franchiront cette arche, quelque soit leur place, pourront être fiers de leur course ! Bravo à tous !
Je ne quitterai pas mon tee-shirt « finisher » de la journée et même du lendemain. Un peu de fierté ne fait pas de mal, et c’est le pied encore meurtri par une grosse ampoule au talon, deux jours après, que je termine ce récit. J’ai passé mon dimanche à dormir, mon lundi dans une semi-léthargie, mais j’ai atteint la sérénité, je reviendrai sans doute mais pas tout suite pour la course, sans doute en supporter ou bénévole, il faut savoir savourer sa victoire !
Riwal JEZEQUEL - GUIDEL - Dossard n° 17 -
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