Un UTMB à "l’arrache"
31 août 2010 // Tag : Trail / Running
Pour une fois, ce n’est pas ma préparation qui est en cause, même si je n’ai pas fait grand-chose au mois d’Aout si ce n’est la sortie sur les crêtes Vosgiennes (qui s’est révélée une bonne mise en bouche finalement au niveau de la météo…), je pense n’avoir jamais été aussi « entrainé » avec près de 400km et 22000 mètres de dénivelé effectué en 15 jours fin juillet…
Bon certes je n’ai pas du tout étudié le parcours de la course à laquelle je me suis inscrit (Sur les Traces du duc de Savoie) qui s’annonce corsée mais je suis vraiment confiant quand à ma capacité a bien y figurer sous réserve que ma cheville gauche très fragilisée depuis le défi de l’Oisans tienne le coup.
La TDS
dans 2 H...
Je sors à peine du resto ou j’ai du me contenter d’un plat de riz et d’un peu de canard tandis que mes collègues de Raidlight s’empiffrent copieusement (quel sacrifice !), il est environ 22 h, me voici fin prêt et motivé malgré la pluie, avec mon Team assistance de luxe (mon père et mon frangin) venu spécialement pour l’occasion…
Alors que nous nous apprêtons à rejoindre Courmayeur, je reçois un coup de téléphone de mon pote Seb Farano, inscrit lui aussi sur les duc de Savoie qui m’annonce que l’UTMB vient d’être neutralisé et que la TDS ne partira pas avant 3 h voir 5h du matin (départ initialement prévu à minuit).
??? Mince alors, je le rejoins avec Christophe Boebion au chapiteau des dossards ou effectivement un paquet de monde y est réfugié en attente de nouvelles de l’organisation tandis que les bus censés nous amener à Courmayeur vont rapatrier les coureurs de l’UTMB stoppés aux Contamine…
On reste là une petite heure entassé comme des moutons avant de prendre la décision de rentrer à nos appartements (grâce à Raidlight, j’ai la chance d’en avoir un ce qui n’est pas le cas de tout le monde…). Il est convenu que l’on s’appelle dés que l’on a des nouvelles, dans l’attente je somnoles tranquillement en tenue de course jusqu’à environ 1h du matin jusqu’à ce que Christophe m’appelle et me dise la TDS est définitivement annulée,
bref tout est fini…
La cuite ???
Je suis franchement dégouté (tout ça pour ça) mais bon après tout "ce n’est que du sport", j’enlève mon cuissard pour enfiler un Jean et me dit que je vais aller m’en prendre une bonne avec les collègues pour ravaler ma frustration.
Ma famille n’ayant plus personne à assister repart dans le Vaucluse illico pour éviter les bouchons (les pauvres, ça fait prêt de 9h de route dans la journée pour RIEN…).
Il est prêt de 2h du mat quand je m’apprête à attaquer Binouze et autres spiritueux (Christophe B lui a déjà attaquer :-)) mais c’est alors que j’entend parler christophe Jacquerod, Vincent Delebarre, Antoine Guillon and co d’un éventuel départ le lendemain matin …
La nouvelle ne tarde pas à être officielle, il y aura bien un nouveau de départ de l’UTMB à 10h du matin de Courmayeur et les coureurs de la TDS y sont conviés s’ils le souhaitent…
Je regarde Christophe et Anne Valero sa copine qui semblent dubitatifs mais pour moi c’est clair j’oubli instantanément les tords boyaux pour me replonger dans la peau du coureur motivé.
Par contre je ne traine pas et file à l’appart, seul 1500 places seront disponibles à cause du manque de navettes pour transporter les coureurs, début des rotations à 6h30 et il est déjà près de 3H quand je me couche enfin après avoir briefé rapido les collègues de Raidlight et Roland Terrier (tout juste brillant finisher de la CCC) qui me proposent spontanément une assistance improvisée sur la 2ème partie du parcours.
Je ne me réveille pas à l’heure et c’est Christophe B finalement d’attaque qui me speed pour me dire que les navettes ont déjà bien tournées et qu’il ne faut plus que je tarde si je veux y aller…
Je prends quelques « friandises » de la nouvelle marque bio Efinov ( je la recommande vivement dans son ensemble !) que je mange sur la route et je retrouve christophe mais aussi Seb Farano qui ne sait trop quoi penser mais suit le mouvement avec nous...
On ne sait pas trop ou on va et les rumeurs vont bon train dans le bus comme quoi l’épreuve ne sera pas chronométré, j’ai vraiment les boules mais ce sera mieux que rien pensais-je !
Et non l’UTMB (de repli) !!!
Nous voici à Courmayeur ou incroyable, on voit le soleil (je vous rassure cela ne va pas durer…), ya même pas mal de monde et une excellente ambiance tandis que les nombreux cadors viennent grossir le peloton.
A 30 minutes du départ, je tente de me strapper la cheville à l’arrache (j’ai même pas de ciseau) avant qu’un kiné ait pitié et viennent me le refaire complètement et, c’est confirmé, il y aura bien une « Vrai » course aujourd’hui et cela promet même d’aller vite à voir les têtes d’affiches…
La traditionnelle musique Vangelis de Christophe Colomb tourne à plein régime et je commence tout juste à réaliser en voyant les « stars » autour de moi que je me retrouve bel et au départ de l’UTMB, même si bien sur tout le monde n’est pas présent sur ce parcours de repli à commencer par le "Roi" Kilian…
Me voici remonté a bloc, je vais vraiment pouvoir voir ce que j’ai dans le ventre me dis-je tout étant bien conscient que mes objectifs « raisonnables » de podiums sur la TDS (les 10 premiers sont récompensés sur toutes les épreuves…) sont nettement revu à la baisse vu le changement de plateau voir de division, c’est la Première league à présent !
Niveau matos, je suis « light » : Chaussures Saucony Xodus (découpées au niveau de la maléole depuis le défi de l’oisans…), Short trailer, Maillot Performer & manchettes Team avec le sac Olmo 5 L en version hybride (1 poche à eau 1L.5 + 1 bidon pour les produits energétique Efinov que j’ai découvert la veille…) auquel j’ai ajouté la ceinture pack marathon pour ranger ma bouffe à proximité et accrocher mon dossards… Dans le sac j’ai ma Top R-Light et un collant Rdry en + des frontales (une e-lite et myo Xp de Petzl...).
Ah j’oubliais, bien que ultra perplexe à ces attrape-nigauds, me voici au départ avec un de ces bracelets miracle du nom de Power Balance (de couleur rose prêté par une amie...).
Le départ, enfin la course !!!
Les fauves sont lâchés et comme je m’y attendais cela part vite, tout les plans de course millimétrés ont volé en éclat et beaucoup de coureurs (moi le premier, je n’ai même pas de montre…) en manque de repères n’ont d’autres choix que de se fier à leur instinct.
Pour moi c’est simple, je FONCE tête baissé et arrivera ce qui arrivera… J’ai un peu de mal à froid à accrocher le 1er wagon au début mais je m’aperçois vite que je ne suis pas le seul à être dans le dur, DELEBARRE, CHAIGNEAU ou encore MERMOUD ne sont pas mieux que moi…
La montée sur
BERTONE se fait grand train et mes sensations s’améliorent au fur et à mesure tandis que l’hélicoptère est juste au dessus de nos têtes (j’en perds ma casquette…).
Je dois être aux alentours de la 10ème place à la bascule et un petit groupe s’organise sur la magnifique partie en balcon en direction
d’Arnuva avec 2-3 « Hoka Boys », Seb Chaigneau…
C’est très glissant et force est de reconnaitre que les chaussures « à talon » ne sont pas dans leur domaine de prédilection dans la boue car lors d’un passage en dévers, les voici que tombent tous comme des mouches si bien que je me retrouve instantanément détaché sans le vouloir en trottinant tranquillement.
Cela me fait bien marrer intérieurement et mes sensations deviennent encore meilleures alors que j’imprime à présent mon propre rythme. Je remonte quelques coureurs, passant 6ème à Arnuva puis 4ème à la faveur d’un ravito express et j’aperçois alors Julien Chorier (vainqueur de la diagonale des fous l’an dernier) au pied du
Grand col ferret.
« C’est mieux que les barres », le motivomètre est au plus haut et je fais l’effort pour rentrer sur lui dans Le TOIT de la course.
Le temps est vraiment pourri (froid, vent pluie, brouillard…) mais la top R-light remplie parfaitement son rôle si bien que je bascule sans trop de problème « la haut » à quelques encablures de Julien que je reprend très vite dans le début de la descente…
On va rester un bon moment ensemble (3 & 4 ème), toute la longue descente sur l
a Fouly puis la suite vers
Champex ou nous (enfin surtout « il ») imprimons une bonne allure qui nous permet de revenir très près de la tête de course (à environ 3 minutes de Dawa Sherpa et Alexy Gunko).
Je n’en reviens pas d’arriver à suivre ce rythme, j’ai des « jambes de feu » (Power BALANCE :-) ?) jusqu’a ce qu’on s’égare quelques peu sur un chemin (3 minutes de perdu je pense…) alors qu’il fallait continuer sur ces long faux plats sur la route.
De nouveau dans la bonne direction, Julien accélère de + en + sur ces parties roulantes et ça commence à taper sévère dans les cuissots si bien que je coince légèrement dans la remontée sur Champex ou je dois laisser s’échapper mon compagnon qui va prendre la tête de course par la suite…

Je plie mais je ne romps pas, prenant le temps de me ravitailler et marchant toujours à une bonne allure, je bascule 4ème chez les suisse ou mon assistance improvisée Raidlight commence à être de + en + efficace…
La suite est encore vraiment roulante (enfin surtout courantes) et mes jambes de feu m’abandonnent petit à petit pour presque me "lacher" dans le faux plat précédent la montée de
Bovine ou j’ai toute les peines du monde à courir, à la limite des crampes.
Je passe vraiment un mauvais quart d’heure mais c’est aussi ça le trail, s’accrocher dans les moments difficiles et là c’est dur, je me fait « enrhumer » par l’anglais et l’Américain qui termineront 1 et 2 par la suite si bien que j’ai l’impression d’être un randonneur...
Heureusement les vrais pentes arrivent me permettant de marcher enfin et de limiter les dégâts même si décidément Bovine, ça fait mal…
Désormais redescendu de mon nuage, « je m’accroche aux branches » pour ne pas trop reculer dans les classements car les écarts ne sont pas énormes, m’auto-persuadant que je vais me refaire la cerise même si ça tarde à revenir et que je me fais doubler par 1 ou 2 coureurs comme Thomas Saint Girons…
Cela revient enfin un peu au passage de
Trient, les encouragements aidant, ou je dois passer vers la 8ème position mais je commets l’erreur de faire l’effort un peu tôt dans la montée de
Catogne en voulant revenir sur Dawa Sherpa en difficulté (il souffre de problème de ventre et va même s’assoir un moment sur le bas coté, je suis désolé pour lui…).
La fin de la montée et la descente qui s’en suit est de nouveau un calvaire, j’ai l’impression de ne plus avancer un cachou et 2 coureurs me doublent (Patrick Bohard et l’espagnol qui terminera 3 ème…) sans que je ne puisse leur emboiter le pas…
Rebelote, j’essai de bien manger & boire et surtout de me relâcher avant le passage à
Vallorcine très symbolique pour moi car je m’y étais écrouler 2 ans auparavant sur l’UTMB 2008 en ayant mis plus de 6 h pour rejoindre l’arrivée…
Cette fois, ce sera différent me dis-je, l’ambiance y est exceptionnelle avec plein de copains (ex : Bernard du Marathonien qui m’a tant aidé auparavant ou encore Roland qui a couru la CCC la veille et qui joue les assistants de luxe malgré la fatigue…) que j’en ai des frissons…
Après un énième ravito flash, je redeviens enfin combatif alors que je « subissais » la course depuis près de 30km…
Je galope bien pour revenir sur Jerome Challier et Patrick Bohard un peu avant le col des montets ou on retrouve encore de nombreux « supporters ». Nous attaquons ensemble la remontée sur la
Tête au vent et c’est alors que malgré les sensations à nouveau bonnes, j’hésite à attaquer et finalement e reste sagement dans les basques de Jérome de peur de prendre un éclat par la suite (j’ai un léger regret à ce niveau là mais avec des si…).
Sur la fin de la montée, comme à son habitude, ce petit « diable » d’Antoine Guillon nous reprend de l’arrière tandis que nous revenons nous sur thomas Saint Girons qui lui semble être dans le dur si bien qu’alors que toute les montées étant terminés, nous nous retrouvons un groupe de 5 coureurs ensemble pour la 5ème place…
La « bagarre » est lancé sur cette longue traversée piégeuse avec plein de cailloux partout et bien que ne pouvant (ou en tout cas n’osant pas) me mêler à la lutte avec mes chevilles en sursis, je parviens peu ou prou à garder le contact à quelques encablures, faisant de gros effort dans les mini remontés pour combler le trou et je finis enfin par rentrer dans la dernière remontés sur l
a Flégère avant de basculer sur Chamonix ou, nous sommes toujours tout les 5 pour « le money time »…
La descente est attaqué tambours battant par Antoine et Jérome mais personne ne veut lâcher prise, Patrick tombe et casse son bâton en carbone, ma cheville droite tourne légèrement et là je me dis que je vais fermer la marche mais la 2ème partie est moins sinueuse et je suis alors très facilement l’allure car les jambes sont incroyablement bonnes (ça sent l’arrivée faut dire…).
On joue avec le feu et suite au passage de la maison en balcon à environ 3km de l’arrivée, Antoine et Jérôme se retourne et voient que nous sommes toujours là juste derrière et décident de lever le pied pour nous proposer de terminer ensemble…
Ca discute quelques secondes, je leur dis en plaisantant que c’est comme vous voulez mais je vaux 9.80 au 100m :-))) mais tout le monde est d’accord pour cette arrivée commune pour la 5ème place.
On papote un peu et réduisons légèrement notre allure avant de baisser sensiblement le rythme dans Chamonix car Thomas (Saint Girons) est au bout du rouleau…

Bras dessus-bras dessous, on parade dans
Chamonix, ayant bien du mal à nous frayer un chemin parmi la foule et une ambiance de folie pour franchir ENSEMBLE la ligne en 10h56 minutes.
Que du bonheur, c’est vraiment GENIAL, nous sommes heureux comme tout et tombons dans les bras les uns des autres…
Photos, Itv, contrôle antidopage (1ère fois tiens !), fondue savoyarde & vin blanc pour finir la soirée, je me souviendrais longtemps de cette UTMB auquel je n’étais même pas inscrit…
Même si « a priori » j’avais toute les chances de jouer les premiers rôles sur la TDS (je finis largement premier des inscrits à cette course...), je ne regrette absolument pas d‘avoir couru avec les « Grands » et d’avoir vécu ces grand moments…
Un immense merci à mes collègues et assistants de dernière minutes (Séverine ,Alexandre, Roland, Fabienne e t Maeva…) qui se sont débrouillés comme des chefs ainsi qu’à mon père et mon frangin qui aurait bien aimé être à leur place (pour une fois que je réussi ma course !) mais qui ont été tout surpris de me voir au départ de l’UTMB le lendemain après m’avoir abandonné à une nuit festive la veille…
Désolé encore pour les nombreuses personnes qui n’ont pas pus ou voulus repartir mais comme je l’ai déjà dit dans la news, à mon avis l’organisation a fait ce qu’elle pouvait et cela aurait pu être pire je pense.
Place à la récup, j’ai déjà la tête en Himalaya pour le Solokhumbutrail en Novembre...