Une belle aventure en Oisans
1er août 2010 // Tag : Trail / Running
J’en avais beaucoup entendu parlé depuis que je bosse chez RL et il me tardait d’aller voir de plus près ce « bijou de famille », je ne suis pas déçu…
Voici mon récit perso « au cœur de la course » (je me répète mais là n’est pas l’essentiel sur le défi)
1ère étape - Les 2 Alpes – Auris en Oisans – 14 km / 800 D+
Cela commence très très mal, alors que je viens de récupérer une paire de chaussure neuve « anti-entorse » (les Saucony…), ma cheville tourne ou plutôt retourne (je me la suis bien abimée lors du TMB la semaine précédente…) lors de la 1ère descente en marchant à 3km/h, a peine 5 km après le départ des 2 Alpes.
Grosse douleur qui finit par s’estomper légèrement dans la remonté mais autant vous dire qu’au « vrai » départ d’Auris en Oisans, je n’en mène pas large même si Marion me fait un straping rassurant…

2ème étape – Auris - le Chazelet – 28km/1790 m D+
Je compte partir plutôt tranquille et surtout faire très gaffe en descente mais je m’aperçois très vite qu’il y a un coureur dans le lot qui est vraiment costaud et qui ne l’entend pas de cette oreille : Laurent BEREZIAT.
Vainqueur de la GTA, 2ème du Solokhumbutrail… autant vous dire que les courses à étapes et l’altitude, il connait le bougre (...) ; on se retrouve très vite seuls et « faisons connaissance » malgré un rythme soutenu puisque nous courons tout le premier col (de Cluy) avant de basculer sur une courte mais technique descente ou décidément j’ai l’impression de marcher sur des œufs avec ma cheville en vrac tandis que Laurent lui envoi la purée…
Ouf, on revient sur une piste plus « roulante » mais c’est alors que nous nous plantons de chemin, ratant le GR barré par une barrière, nous rappelant l’originalité de cette épreuve qui n’est pas balisé et ou il convient de faire gaffe…
2-3km supplémentaire et une vingtaine de minutes de perdus je pense, il nous faut cravacher pour remonter la pente et les concurrents. Un peu énervé par ce contretemps (qui fait partie du jeu),je fait l’effort pour revenir au plus vite, distançant légèrement Laurent dans la montée du Plateau d’Emparis en haut du quel je reprend les derniers échappées à qui je fausse compagnie très vite car je veux prendre un peu d’avance sur les partie roulantes sur lesquelles je me sens étrangement costaud.
Je suis à la limite des crampes mais j’arrive à dérouler quasiment sur tout le plateau (magnifique, les glaciers nous entourent !!!) avant de plonger prudemment sur le Chazelet, un plateau et une descente que j’avais déjà effectué en VTT il y a bientôt 10 ans (manche de la coupe de Provence à laquelle j’avais terminé 2ème…).
Ce n’était pas voulu au départ mais j’ai vraiment creusé l’écart sur cette partie, Laurent est à 20 minutes (victime de crampes).
Etape 3 – La Grave – Villard d’Arêne – 4km CLM/ 430m d+
Effort très violent de bon matin, je pars en dernier puisque les départs se font en sens inverse du classement.
Je ne me sens pas super (je marche à plusieurs reprise alors que c’est hyper court) mais à priori c’est dur pour tout le monde puisque je réalise le meilleur temps, reprenant une grosse trentaine de seconde à mon acolhythe…
Cela va être un rituel après chaque intense, on me les pattes dans l’eau froide pour récupérer...
Etape 4 –Villard d’Arêne – le Lauzet – 21km/1000 D+
Je souhaite profiter cette étape pour creuser encore un peu l’écart si possible avant la journée de repos…
J’essai de me détacher dés les première portions roulantes mais je ne suis pas aussi bien que je le croyais et Laurent revient au pied du Col D’Arsine et imprime même un gros tempo que j’ai bien du mal à suivre. Mais les pentes raides laissent la place à nouveau à un long plateau vallonné ou je relance assez vite pour parvenir à m’échapper légèrement.
Je creuse petit à petit (pas assez à mon gout car j’envoi pas mal je trouve, tout en courant) pour basculer au sommet du col avec 2 minutes d’avance environ mais suite à une longue descente, j’augmente mon écart sensiblement (près de 8 minutes) sur les 4 derniers km sinueux en faux plat montants ou je cours tout du long…
Etape 5 Le Lauzet – Vallouise – 19km/ 950m D+
Etape de « repos », autrement dit groupé et sans chrono, l’occasion de vraiment prendre le temps de se connaitre et de découvrir ce massif des écrins qui regorgent de merveilles. Un guide du Parc des écrins nous rejoint au moment du Picnic au col de l’Eychauda pour nous parler de cette environnement à préserver….
Je finis cette étape à l’agonie, je l’avais légèrement ressenti la veille mais cette fois c’est officiel et je dirais même intenable : j’ai une inflammation à la malléole droite due au frottement de la chaussure.
??? Alors celle là je l’avais jamais faite, il est vrai que démarrer avec des chaussures neuves n’est pas très pro de ma part mais me voici avec une boule sur la malléole qui m’oblige à finir pied nue sur la route…
Je passe l’après-midi à mettre du froid et autre Voltarène mais je suis très perplexe sur la suite des événements…
Etape 6 Vallouise – La Chapelle en Valgaudemar - 50km/3000mD+
La grande étape, que j’aborde donc très crispé because j’ai toujours très mal malgré les soins d’Emilie qui me met une bande et une compresse pour éviter tous frottements…
Mais en marchant vers la ligne de départ, je sens que cela ne va toujours pas et je décide de découper au ciseau la chaussure au niveau de la cheville.
Top départ, la douleur est toujours très présente au démarrage mais miracle, alors que j’accélère dés la portion de route, elle s’estompe pour laisser place aux « bonnes douleurs » celles que ressentent mes jambes alors que la pente s’élève…
J’ai même fait le trou sur Laurent mais il n’est pas bien loin et il revient sur moi dans les premiers lacets du col de l’Aup Martin.
Je ne suis pas super mais je vais m’accrocher toute la journée pour ne pas le perdre de vue.
Hormis une grosse frayeur dans la descente ou ma cheville tordue a légèrement tournée et m’a rappelée que je suis continuellement en sursis, je ne panique pas et les magnifiques cols s’enchainent les uns après les autres jusqu’à celui de Vallonpierre ou nous déposons une pierre sur un Kern en la mémoire de Laurent Smagghe.
Descente plutôt prudente et « drapeau blanc » pour les 7km sur la route que nous effectuons en footing pour rejoindre la chapelle en Valgaudemar ou nous arrivons main dans la main.
Etape 7 La Chapelle en Valgaudemar – Valsenestre 31km/2500md+
Une étape costaud, démarrée tambours battants par Sylvain (Bazin) le reporter et Arnaud (Mantoux l’organisateur en chef) qui semblent avoir des fourmies dans les jambes (+ de 15km/h sur la route).
Nos "lièvres" nous abandonnent dés le pied du col de Vaurze, ou j’ai bien du mal à mettre en route d’autant que Laurent comme à son habitude attaque à bloc dés le pied.
Ce n’est pas très raide mais je n’arrive pas à rester dans le rythme de Laurent qui avec ces batons et son « allonge » est à son avantage sur ce genre de portions.
Je m’efforce de courir le plus souvent possible pour boucher le trou mais c’est difficile car les jambes commencent à être lourdes…
Vaille qui vaille je parviens à basculer quasiment en sa compagnie mais la descente suivante, très sinueuse, vient me rappeler ma fragilité articulaire si bien que Laurent prend quelques longueurs d’avance.
Heureusement, la 2ème belle cote qui porte bine son nom (Col de la Cote Belle) au programme est vraiment raide et je suis plus à mon avantage, bouchant le trou et accompagnant sans trop de problème sur ses pentes herbeuses ou nous devons franchir parfois quelques névés enneigés.
Le froid, la brume et même la pluie ont fait leur apparition mais quand je demande à Laurent : "on s’habille ? » il me répond « pas le temps ». Un vrai guerrier ce Laurent, je suis gelé en short & tee-shirt mais je vais quand même pas faire ma « lavette » :-)
La descente sur Valsenetre est heureusement très agréable, sans trop de cailloux, ce qui me permet de finir de nouveau l’étape en sa compagnie.
Etape 8 Valsenetre – Les 2 Alpes 18km/ 2000mD+
Avec tout ces pépins physiques, je pense avoir compensé et des douleurs apparaissent un peu de partout (dos, genoux….) si bien que malgré ma confortable avance je suis un peu anxieux quand à la capacité de mon corps à ne pas me lâcher au dernier moment.
C’est pour cette raison que je prend le soin de m’échauffer quelques minutes et de partir le plus souple possible car les ischios sont raides et la Muzelle est terrible…
Comme la veille, Laurent n’a pas rendu les armes et attaque fort et j’ai vraiment du mal à m’accrocher à sur ces parties + ou – roulantes ou je n’arrive pas à courir mais dans la dernière portion « monstrueuse », je reviens petit à petit à sa hauteur pour basculer dans sa foulée au sommet de cette surprenante brèche dans la montagne d’où nous apercevons enfin les 2 Alpes.
C’est magnifique mais Laurent n’a pas prévu de faire du tourisme et il plonge à toute vitesse dans la descente, si bien que pour la première fois de la semaine, je n’ai d’autres choix que de le laisser partir et je le perd rapidement de vue car la descente « studieuse » aux dires des organisateurs est en réalité très piégeuses surtout pour quelqu’un qui a des chevilles très affaiblies.
Je ne chôme pas mais essai de prendre un minimum de risque, « bétonnant » mes appuis pour ne pas tout foutre en l’air si proche de l’arrivée et c’est avec environ 5 minutes de retards que je passe au dernier ravito.
Pas plus ??? Cette fois c’est gagnée me dis-je et c’est alors que je me relache un peu et loupe la bifurcation pour les 2 Alpes. Je monte à Venosc par la grande route et j’ai toute les peines du monde à retrouver le tracé. Je sors la carte et panique un peu mais en prenant la direction des remontés mécaniques je ne tarde pas à retrouver du balisage, Ouf !
Je remonte un concurrent qui me dit que j’ai plus de 10 minutes de retard sur Laurent et je me met alors à imaginer que s’il finit très fort ce dernier mur de 700m de d+ ….
J’hallucine complet mais ne sachant réellement pas le temps perdu par mon égarement (probablement 3-4 minutes à peine en fait) j’accélère brutalement et réalise à coup sur ma plus grosse monté de la semaine, une vraie séance de seuil ou je me fais exploser le coffre et les jambes en courant le plus souvent possible malgré la pente abrupte.
Je bascule difficilement aux 2 Alpes et lorsque je franchit la ligne d’arrivée sur la place de Venosc, je me rend vite compte que Laurent vient juste d’arriver, c’est gagné :-)
Epilogue
Même s’il n’y a pas de classement officiel, on s’est vraiment bien tirer la bourre par moment, le tout dans un super état d’esprit car si nous avons tout les 2 je pense un esprit de compétition bien ancrée, le respect et le fair play a toujours été au RDV d’autant que nous partagions souvent la même chambre (assez cocasse comme situation, nous nous « épions » mutuellement, ce qui ne nous a pas empêcher d’échanger énormément et pourquoi pas d’avoir des projets communs à l’avenir…).
Surprenant, sur cette course pourtant « familiale », je reconnais avoir ressenti un peu de pression les derniers jours ou il a fallut que je gère mon avance et mes pépins physiques, moi qui suis plutôt habitué à foncer « tête baissée ».
Je reste bien sur loin des temps records du « maitre de l’Oisans » mais avec la connaissance du terrain et moins de faiblesses articulaire, j’ai bon espoir de pouvoir l’accompagner sur « ces terres » dans les prochaines années...
Pour finir, et même si ces lignes relatent surtout l’aspect compétition de ce tour de l’Oisans, le réduire en une simple course (belle certes) serait un sacrilège, le défi est beaucoup plus que cela…
Une véritable aventure humaine ou sport, partage, rencontre et découverte font bon ménage mais tout ceci ne se raconte pas, cela se vit….
Rejoignez nous !
Merci à tous et à très bientôt, probablement à l’année prochaine (coté course et/ou organisation)
Ps : je n’ai pas évoqué l’étape nocturne du Vendredi soir mais sachez que ce fut de loin la plus terrible de toute, n’est-ce pas Arnaud ? :-)))))))
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