Une belle revanche à « Mont » Ventoux
17 mai 2010 // Tag :
Ah que cela fait du bien (même si ça fait mal :-) ; sportivement parlant, j’avais à cœur de me réconcilier avec « ma » montagne après les 2 gros RDV « manqués » au mois de mars (38ème au Trail et 14ème au Raid…), mission réussi.
La course -
4H30 Gigondas
Pas vraiment une heure à sortir un provençaux hors de son lit mais me voici au départ du Grand Raid du Ventoux, la plus longue épreuve du calendrier vauclusien avec « sur le papier » quelques 100km et 5125m à parcourir et à gravir…
Ma dernière sortie au Nivolet Revard m’a en partie rassurée quand à mon état de forme et ma capacité à évoluer à un bon niveau même si quand je fais le cumul des km et du dénivelé parcouru cette année, ya pas de quoi partir la fleur au fusil car mes « totaux » sont aussi light que les produits que je porte ce jour (pour l’occasion
short trail runner ;
top mountain run et
sac Omo 5l).
Je croise rapidement
Fred Orsoni du Team Raidlight et nous voici partis dans la pénombre de la nuit…
Comparé à 2 ans auparavant (3ème en 11h11, ma course référence en Ultra…) ou Serge (Barthes) m’avait mené la vie dure dés le départ de la course, nous partons assez cool et je m’efforce de ne pas m’enflammer pour rester avec
Antoine Guillon, LE Grandissime FAVORIS de la course que je sais bien plus fort que moi mais qui par chance a la réputation de partir plutôt tranquille.
On passe la nuit ensemble (enfin vous m’avez compris ;-), reprenant un à un les concurrents téméraires des relais (le grand raid peut se faire aussi par équipe de 6…) sur ces sentiers assez roulants entrecoupés de single en balcon très agréables et alors que nous sommes enfin revenu en tête, nous nous égarons une première fois, cherchant désespérément une balise pendants quelques minutes.
On finit par comprendre le subterfuge (en fait bien souvent il n’y a pas de rubalise du tout, il suffit d’aller tout droit et de faire attention à chaque carrefour qu’il n’y ait pas de changement directionnelles très discret en général…) et reprenons notre route avec quelques coureurs qui du coup nous ont repris…
Au passage au lac du Paty (18ème km), quelques coureurs entamant fraichement leur relais vont venir nous accompagner quelque peu avant de nous laisser seuls jusqu’au Pied du Mt Ventoux, l’occasion de discuter longuement avec ce champion très sympathique qu’est Antoine…
Lui qui est réputé pour partir « doucement » ; je trouve que nous allons pas mal du tout l’air de rien et je sens bien qu’il en a sous la pédale le bougre ; la preuve m’en ait donné lorsque nous arrivons au pied du géant de Provence (30ème km) ou un regard sur le chrono me démontre que nous avons une bonne dizaine de minutes d’avance sur le temps d’Oscar Perez, le vainqueur sortant, et dire qu’en plus on s’est perdu…
Le Ventoux dans tout ses états
Le temps de nous ravitailler et de passer au contrôle des sacs et nous repartons avec les 2 premiers concurrents du relais, cette fois on a tourné à gauche vers la montagne et la pente s’accentue petit à petit mais je me demande vraiment quand Antoine va se décider à marcher un peu ???
Ca commence à tirer dans les jambes et alors que les concurrents des relais (qui viennent juste de « rentrer en jeu ») sont décramponnés, je finis par lâcher prise à mon tour, sentant les crampes toutes proches et surtout en voyant l’incroyable facilité d’Antoine à dompter le Ventoux tel une vulgaire colline…
Je plie mais je ne romps pas, j’alterne marche et course à une honnête cadence avec le premier relais qui me tient compagnie mais « mister Tonio » alterne lui course et… course pardi et il disparait bientôt de mon champ de vision, impressionnant !
Vaille qui vaille je m’élève petit à petit alors que le vent violent commence à refroidir mes ardeurs si bien qu’après la terrible montée de Baumasson (là cé pas possible, Antoine a du marché ?), je m’arrête pour mettre ma veste imperméable car il « pèle le c… » comme on dit chez nous.
Une bonne idée que j’ai eu là car quelques mètres plus haut, en sortant de la forêt de sapins, c’est une atmosphère apocalyptique qui nous attend avec un brouillard givrant comme rarement j’en ai connu et un vent jusqu’à 80 km/h. Cela caille sévère et après avoir un peu cherché mon chemin dans ce pierrier qui pourtant m’est familier, je finis par passer devant la chapelle ou je reconnais à peine mon pote Seb (Farano) puis le Toit du Vaucluse ou nous attend un chaleureux ravito dans une petite salle…
Je suis gelé et prend le temps de boire un peu de soupe et grignoter un bout avant de repartir « au combat » face à cette nature qui se déchaine (c’est limite dangereux pour ceux qui ne sont pas bien équipés et qui pourrait se perdre…).
Heureusement, la face nord est à peu près abritée du vent mais alors que je cours sur la route comme indiqué au ravito, je rate la bifurque (à priori non matérialisée…) sans m’en apercevoir. Je poursuit ma descente jusqu’à ce que, surprise, je croise Antoine en compagnie du premier relais qui me dit qu’il remonte depuis 5 minutes environ et qu’il n’y a aucune rubalise en contrebas…
Le croisement doit être vachement plus haut mais ou ??? Heureusement je me rappelle du parcours d’il y a 2 ans et j’invite mes 2 compagnons à couper à travers une des pistes de ski partiellement enneigé de la station du Mt Serein pour rejoindre la route en contrebas puis un peu plus loin le sentier descendant sur Brantes, soit un petit détour de 2km environ je pense…
On se fait « engueuler » par un signaleur une fois de retour sur le parcours (euh faut pas pousser là !) et reprenons tambours battant notre route dans la longue et traumatisante descente du Mt Chauve ou les nombreux arbres coupés transforment notre course en 400m/haie (j’exagère !).
Jsuis dans le dur - Antoine me quitte (Snif !)
La pente s’adoucit peu à peu et je n’arrive pas à accrocher Antoine qui allonge la foulée alors que la mienne se raccourci. Cette partie très roulante entre piste forestière et route pour finir m’a mis les jambes en vrac et je suis super content de marcher à nouveau sur la remonté sur Brantes.
Serges Barthes est là pour m’accueillir mais pas mon père qui devait me ravitailler, pas grave je repars avec quelques bananes séchés et autres abricots secs, des aliments moins conventionnels certes mais bien meilleurs gustativement parlant que les barres Go2 ou modèle du genre…
Après une première partie plutôt vallonnée ou je me maintiens à environ 5 minutes d’Antoine, la partie se gatte vers le 65ème km ou, le long de la vallée, de longue portions roulantes vont me voir marquer le pas musculairement et réduire mon allure à 10-12km/h environ sur les faux plats et beaucoup moins sur les petites buttes qui nous amènent vers le Grozeau. Je ne panique pas mais cette fois c’est officiel, je coince…
Alors que devant mon compère a définitivement pris la poudre d’escampette (près de 20 minutes d’avance), voila que mon regard se tourne dans le rétroviseur car on m’annonce un concurrent (Pierre Aubery, ancien cycliste…) à moins de 4 minutes.
Je ne suis pas au mieux mais je ne suis pas disposé à laisser filer ma 2ème place sans réagir, je prends le temps de bien refaire le plein d’énergie (liquide/solide), me détend tranquillement dans la descente sur le Grozeau (80ème km) et me lance dans la bataille finale sans m’affoler mais sur de mon fait, je « vais me battre »…
A propos c’est la première fois que j’expérimente un système de double porte bidon sur un trail avec le sac Olmo je dois avouer que c’est super pratique d’avoir ainsi les bidons à porté de la bouche d’autant plus que contrairement à une poche à eau classique, on peut varier les plaisir avec un de boisson énergétique et un d’eau pure (quand on mange un bout c’est mieux !). De plus, à condition d’avoir 2 bidons supplémentaires et une personne pour vous assister, les changements au ravito sont ultra rapide…
Youpie, je finis fort !
Je gère tranquillement la première partie roulante à nouveau (il y a un vent de face terrible que j’en perds ma casquette !) mais la suite s’annonce beaucoup plus Trail avec de nombreux single tracks sinueux et casse pattes ou je parviens à relancer régulièrement l’allure. Surprenant, alors que je me croyais quasi-cuit il y a peu, je parviens à courir dans des portions vraiment raides avec près de 100km dans les jambes…
Je croise mon pote Cyril Ollagnier (2ème l’an dernier) venu en spectateur au col de la chaine qui me dit que je gaze bien et que je n’ai rien perdu sur Antoine depuis le ravito. Cela me booste le moral mais je commet l’erreur d’en mettre un peu trop au passage du col suite à la foule qui m’encourage (quel idiot !) si bien que j’ai un petit coup de mou derrière dans le dernier mur qui nous mène au sommet du Saint Amand, la dernière grosse difficultés de l’épreuve.
Tant bien que mal, je bascule la haut avec de nouveau un vent violent et plonge dans la descente très technique en prenant garde de ne pas me tordre la cheville si près du but… Un petit verre de coca au dernier ravito et me voici lancé à nouveau à une bonne allure je trouve sur les derniers km plutôt monotones ou je double de nombreux concurrents qui en terminent avec le 56km mais ou je ne peux m’empêcher de me retourner à de nombreuse reprise de peur de me faire reprendre sur le fil (ce qui m’était arrivé il y a 2 ans avec Michel Verraygues...).
Bref, un peu plus long que prévu encore dixit my Garmin mais je finis par plonger dans la dernière descente en bitume qui malheureusement réveille une petite douleur aux genoux droit (pas grave je pense) et j’en termine fatigué mais heureux en 12h02 à quelques 23 minutes et quelques secondes d’Antoine qui je suis sur n’a pas forcer outre mesure son talent…
C’est fini !
Mon GPS (Garmin 310) m’annonce 102km alors qu’il me manque le premier ¼ d’heure de course (j’ai oublié d’appuyer sur start…), même si le chrono dit le contraire je pense avoir fait au moins une aussi belle course qu’il y a 2 ans (on n’avait pas fait le sommet…) et surtout j’en sors à priori beaucoup moins explosé et meurtri.
3ème il y a 2 ans, 2ème cette année, j’y reviendrais un jour pour essayer de faire encore mieux même si franchement je n’ai aucun regret à avoir, Antoine est un bien meilleur ultra-trailer que moi qui plus est très sympa et humble, je lui souhaite de briller sur ces futurs défis cette saison (Cro Magnon et Utmb sur ce qu’il m’en a dit).
Un grand merci à mon père et mon frangin pour l’assistance ainsi qu’à tout les bénévoles qui ont du eux aussi affronter les éléments.
Car c ’est assez rare pour le souligner,
cette organisation reverse chaque année l’intégralité de ses bénéfices dégagés (100000 euros en 5ans) dans la lutte contre la glycogénose.
On est bien loin de certaines épreuves complètement formatés et semi professionnelles, ici aucune démarche commercial pour tout ces gens qui se démènent sans compter et même si tout n’a pas été parfait (balisage limite…), on ne peut que dire bravo pour la philosophie de cette épreuve qui mériterait d’être plus reconnu tant par la cause qu’elle défend que par la beauté et les difficultés de son parcours.
A une prochaine « mon » Ventoux, pour le meilleur comme pour le pire…
En attendant les photos si j’en trouve...